Le Populisme: Le comprendre pour mieux le démasquer!

"Point Godwin": ces commentaires qui empruntent à l'histoire du nazisme

Le rejet de l’autre s’exprime davantage dans l’espace public

24 Février 2016
Selon ses premiers chiffres 2015, Unia a été sollicité 4.554 fois en 2015, ce qui a mené à l'ouverture de 1.596 dossiers. Jamais les dossiers relatifs aux discours de haine (incitation à la haine et délits de haine) n’avaient été aussi nombreux et représentaient en 2015 près de 30% du total des dossiers ouverts par Unia. Le racisme, l’homophobie, le rejet de l’autre, s’expriment aujourd’hui davantage et plus librement dans l’espace public.

Depuis 2010, Unia constate une augmentation constante des dossiers liés à « l’incitation à la haine » et les « délits de haine » (autrement dit les délits inspirés par la haine d’un groupe caractérisé par son origine, sa religion, son orientation sexuelle,…). En 2015, Unia a enregistré 404 dossiers « incitation », contre 338 en 2010. Quant aux dossiers liés aux délits de haine, ils sont passés de 48 en 2010 à 84 en 2015.

Par ailleurs, les principaux critères de discrimination étaient en 2015 les critères raciaux (38% des dossiers en 2015 contre 42% en 2014), le handicap (22% contre 20% en 2014) et les convictions religieuses ou philosophiques (19% contre 16% en 2014). Les dossiers ouverts en raison de l’orientation sexuelle représentent 5% de l'ensemble.
Au niveau des secteurs, les dossiers ouverts par Unia se répartissent comme suit : 383 dossiers, soit 24% de l’ensemble, concernent le secteur des biens et services. Il s’agit en grande partie de dossiers liés à de la discrimination dans le logement, les transports et les banques et assurances. Un autre quart des dossiers concernent les médias (365 dossiers, soit 23%). Il s’agit essentiellement de dossiers liés à internet (91%). 341 autres dossiers concernent le secteur de l’emploi (soit 21%). Les secteurs « enseignement » et « vie en société » sont en augmentation, avec respectivement 169 et 154 dossiers.

Les positions se polarisent, les distances augmentent

Les chiffres sont donc avant tout le reflet de la période de crispation que traverse la société. "La Belgique est un petit pays, mais les distances se creusent", observe Patrick Charlier, directeur d'Unia. "Les paroles et les comportements de haine se libèrent. Il y a une montée des égoïsmes et un repli sur soi. Les attentats en France et l’augmentation des demandes d’asile n'ont pas eu pour effet une augmentation massive des signalements relatifs à des comportements racistes, de part et d'autre. Mais nous avons dû ouvrir des dossiers sur des faits particulièrement graves. Les insultes ont fait place aux menaces de mort, des agressions sont commises, sur des lieux de culte mais aussi en rue ou dans des cafés, les relations avec la police sont tendues, … »

Pour rappel, selon un sondage commandité en 2009 par le Centre sur l’attitude des Belges face aux minorités, 6 personnes sur 10 avaient estimé que des comportements racistes pouvaient se justifier dans certaines circonstances. « Nous formulons donc l'hypothèse d'une tolérance plus grande par rapport à un « racisme ambiant », ce qu'il faut justement éviter. Les comportements racistes, qui plus est interdits par la loi, ne doivent jamais être minimisés. Le niveau de vigilance doit être relevé par rapport au vivre-ensemble, et pas uniquement par rapport au phénomène de radicalisme religieux", ajoute Patrick Charlier.

Par ailleurs, Unia est régulièrement sollicité par rapport à des expressions de haine dans le discours public, dont les discours politiques. Et ceci à double titre : soit parce que ceux-ci jouent la carte de la récupération, de la provocation et ne font pas preuve de respect dans les mots qu’ils utilisent. Soit parce qu’ils ne condamnent pas fermement et systématiquement ces propos. « Ceux-ci ne sont pas toujours condamnables sur le plan juridique, mais certainement sur le plan moral et déontologique. Par ailleurs, ces discours jouent régulièrement la carte du « pour ou contre ou du « eux et nous »», qui enferme la société dans des débats stériles. La tribune dont jouissent ces hommes et femmes politiques doit donc être assortie d’une plus grande responsabilité », estime Patrick Charlier.

Les chiffres dans le détail

1.596 dossiers ouverts

Pour rappel, le Centre est juridiquement compétent pour traiter un signalement qui peut donner lieu à l’ouverture d’un dossier. En 2015, 1.596 dossiers ont été ouverts, contre 1.670 en 2014. C’est à Anvers (231 dossiers soit 19%) qu’ont été ouvert le plus de dossiers, devant Bruxelles (199, soit 16%), la Flandre occidentale (174, soit 14%) et le Brabant flamand (147, soit 12%). Les 3 principaux critères de discrimination ont été en 2015 :

- Les critères raciaux (38% des dossiers en 2015 contre 42% en 2014)
- Le handicap (22% contre 20%)
- Les convictions religieuses ou philosophiques (19% contre 16% en 2014)

En chiffres absolus, les dossiers liés aux critères dits « raciaux » (prétendue race, couleur de peau, nationalité, ascendance (origine juive) et origine nationale ou ethnique) sont passés de 764 en 2014 à 661 en 2015. Si on analyse ces chiffres sur une période de 5 ans, on peut parler de stabilisation (627 dossiers en 2010).

On peut également peut affirmer que la baisse des cas de discrimination en raison de critères dits "raciaux" est à mettre en relation avec l’augmentation des cas de discrimination sur base de critères religieux et convictionnels. Une tendance marquée sur les 5 dernières années puisqu’on passe de 185 dossiers "convictions" en 2010 à 330 dossiers en 2015, soit une hausse de 78% ! « Le racisme s’exprime aujourd’hui davantage par rapport à la culture et la religion, en lieu et place d’un racisme « classique » fondé sur la couleur de peau ou la nationalité. » Et ce sont surtout les personnes de confessions musulmanes qui sont touchées puisqu’elles représentent 93% des dossiers ouverts en 2015.

Les signalements liés à l’antisémitisme sont en diminution (57 signalements, qui ont donné lieu à l’ouverture de 20 dossiers), après une année noire (130 signalements en 2014). Tant les agressions sur la voie publique que le discours de haine en ligne sont en diminution. « Le racisme s’exprime envers une personne ou un groupe perçu comme étranger », rappelle Patrick Charlier. « Chez certains, il s’exprimera tantôt envers les juifs, tantôt envers les musulmans ou encore les migrants ou les Roms,… Le lien avec l’actualité nationale et internationale est étroit. Notons aussi que les lieux fréquentés par les juifs font l'objet d'une surveillance plus importante depuis l’attentat au Musée Juif, ce qui peut aussi expliquer une diminution des actes délictueux » .

Les dossiers ouverts en raison d’un handicap sont aussi en constante augmentation ces dernières années (de 286 dossiers en 2013 à 384 en 2015). « Cela ne traduit pas nécessairement une tendance de la société à discriminer plus les personnes handicapées. Le Centre est surtout de plus en plus identifié comme un acteur dans la lutte contre les discriminations basées sur un handicap, particulièrement depuis qu'il est chargé du suivi de l’application de la Convention des Nations Unies relatives aux Droits des Personnes handicapées. Cela traduit aussi une prise de conscience, par les personnes directement visées mais aussi lentement par la société, que les personnes handicapées ont des droits. Elles les revendiquent davantage, les affirment, notamment grâce à l’action et au soutien des associations spécialisées. » Notons que c’est principalement sur le marché des biens et des services et dans l’enseignement que les personnes handicapées se font le plus souvent discriminer.

Les dossiers liés à l’orientation sexuelle sont en augmentation : 92 en 2015, soit 12 de plus qu'en 2014. On pourrait ici aussi parler de stabilisation sur une période de 5 ans (85 dossiers en 2010), si ce n’est que les dernières années ont vu le nombre d’agressions violentes augmenter, particulièrement en 2012-2013. Tout se passe comme si, face à l'acceptation croissante de l'homosexualité dans le débat public, on assistait à un durcissement de l'homophobie chez certains. Il y a eu, en 2015, pas moins de 7 condamnations pour des faits homophobes. Ajoutons à cela que le phénomène de sous-rapportage de la discrimination de type homophobe (en ce compris les faits de harcèlement) continue de s’observer.

Dossiers par secteur

Les discriminations dans l’accès aux biens et aux services représentent encore le plus grand nombre de dossiers ouverts par Unia en 2015. C’est surtout dans le logement que les dossiers sont les plus nombreux (42% des dossiers). Les critères principalement concernés sont le handicap (33% des dossiers), les critères dits « raciaux » (27%), mais aussi la fortune, autrement dit les ressources financières (17%). Notons à cet égard qu’un tribunal belge (Namur) a, pour la première fois, constaté l’existence d’une discrimination sur base de la fortune dans la mise en location d’un logement. « Cette décision est très importante, surtout quand on connaît l’ampleur de l’exclusion des allocataires sociaux sur le marché locatif, notamment privé. »

Sur le marqué de l’emploi, on observe pour la première fois une baisse significative des dossiers de discrimination (341 dossiers ouverts en 2015, contre 392 en 2014, soit une baisse de 15%). « Il est pourtant difficile de conclure à une diminution réelle, nos chiffres n’étant qu’une photographie partielle à un moment donné. Il sera intéressant de vérifier cette baisse l’année prochaine ». Dans ce secteur de l’emploi, Unia pointe la problématique de la discrimination dans le secteur public qui représente 31% des dossiers, entre autres liés au handicap. « C’est clairement trop. Les administrations publiques doivent être exemplaires en la matière », estime Patrick Charlier.

Autre secteur, celui des médias où on constate une nouvelle augmentation (365 dossiers en 2015 contre 339 en 2014). Une augmentation qui se confirme d’année en année puisque depuis 2010, la hausse est de 28%. En ligne de mire : Internet qui représente 92% des dossiers, avec une hausse marquée des dossiers liés aux médias sociaux (36 dossiers ouverts en 2010 et 126 en 2015 rien que pour Facebook et Twitter). Dans la très grande majorité des cas pour des propos discriminants basés sur l’origine ethnique ou la conviction religieuse (91% des cas !).

Les secteurs de l’enseignement (161 dossiers) et de la protection sociale (47 dossiers) sont en augmentation. « Cette augmentation s’explique peut-être en partie par une meilleure notoriété du Centre dans les secteurs concernés, mais elle devra faire l’objet de toute notre attention si elle devait se confirmer et traduire un problème structurel. » Le domaine de « La vie en société » connait aussi une hausse des dossiers de discrimination (154 dossiers ouverts en 2015 contre 146 en 2014, et 103 en 2010). 85% des dossiers concernent des conflits de voisinage. « Depuis plusieurs années, on constate la progression de dossiers liés à des comportements violents dans la vie quotidienne pour des motifs liés au vivre ensemble. On peut là parler de véritable tendance, qui s'observe surtout au niveau des critères dits "raciaux" et de l'orientation sexuelle. Les discours de haine sur Internet sont de plus en plus accompagnés de passages à l’acte, principalement dans l’espace public et lors de conflits de voisinage (85% des dossiers !) ».

Unia en justice

Lorsqu’il est question de discrimination, le Centre privilégie avant tout la solution par la conciliation. Une action en justice n’est entamée que lorsque la conciliation s’avère impossible ou a échoué. En 2015, le Centre a entamé une action en justice dans 14 dossiers, 7 dans des procédures civiles et 7 dans des procédures pénales.

 

L’école et le discours sur le terrorisme.

vendredi 5 février 2016 
http://www.skolo.org/spip.php?article1857
par  Michèle Janss 

L’actualité nous offre le désolant spectacle de guerres, de victimes d’attentats, de réfugiés livrés à tous les dangers et pointés comme responsables de crimes plus ou moins graves. Quelle tâche devrait être celle de l’école et quel rôle veut lui faire jouer le pouvoir ? Quels discours traversent le monde de l’éducation ?

Les interrogations des élèves sur ces évènements récents sont nombreuses. Ils consultent les réseaux sociaux et sont au courant de l’actualité via des sources très variées. Dans les écoles où des cultures différentes coexistent, des sensibilités différentes à tous ces événements coexistent aussi. Certaines accueillent aussi des primo-arrivants (réfugiés libyens, afghans, irakiens…).

Canaliser la pensée des élèves

Les attentats de New York, de Paris, du musée juif de Bruxelles ont suscité une très forte indignation alors que ceux qui surviennent à Bagdad ou à Beyrouth, les nombreux civils victimes des bombardements US et les enfants tués à Gaza sont à peine évoqués. On organise des minutes de silence dans les écoles pour les victimes vivant sur notre sol. Jamais pour ceux d’Irak, de Syrie, du Yemen ou de Palestine. Cela renforce la frustration et le sentiment d’exclusion des jeunes issus de ces régions ou qui se sentent solidaires. On a envie de dire : "arrêtons les minutes de silence ou alors nous devrons nous taire à jamais : une vie française vaut une vie syrienne ».

Les élèves se montrent concernés et connaissent d’ailleurs parfois beaucoup mieux ces événements que leurs professeurs : certains les ont vécu. Les enseignants ne sont pas préparés à aborder cette actualité de manière rationnelle afin de ne pas la laisser sous l’emprise de l’affect.

Le désarrois des professeurs est tel qu’ils finissent par ne voir dans les questionnements et critiques légitimes des élèves que thèses « complotistes » et radicalisme. La religion musulmane affichée devient synonyme de manque d’ouverture. Des jeunes se sont fait interpeller injustement par la police (contrôles au faciès ou déclarations sur FaceBook ayant servi de "piste") et cette expérience ne les met certainement pas en confiance par rapport aux adultes qui les encadrent. Une mère d’élève m’a confié avoir interdit à son fils de se déclarer critique par rapport à Charlie Hebdo ou par rapport à la politique d’Israël.

Il serait intéressant d’analyser avec les classes les véritables causes des guerres menées au Moyen-Orient, leurs enjeux géostratégiques et commerciaux, l’implication des milieux financiers et leurs rapports avec l’industrie des armes. Les jeunes sont tout à fait capables d’entendre et de comprendre ces analyses, ils sont demandeurs mais l’école n’offre rien de tel.
Pour nos responsables politiques, il ne s’agit pas de donner aux jeunes une éducation qui leur permette de comprendre la situation mais plutôt de canaliser leurs opinions et leurs réactions afin qu’ils deviennent des citoyens (et des consommateurs) disciplinés qui voteront bientôt.

Le lendemain des attentats du 13 novembre, lors d’un colloque "je suis ou je ne suis pas Charlie" alors qu’on parlait du rôle des Etats Unis dans les guerres du Moyen-Orient, un professeur travaillant dans les Ardennes belges déclarait avec désolation qu’il lui était très difficile de critiquer la politique états-unienne. « Vous comprenez, pour les familles dont les anciens ont vécu la bataille des Ardennes en 1945, les américains sont restés des libérateurs ». Même l’histoire est difficile à enseigner.

A Bruxelles, certaines classes ont été conviées (obligées) à voir une représentation de la pièce « Djihad » de I. Saïdi. Outre qu’elle véhiculait des clichés (les djihadistes s’y radicalisent parce qu’ils ont une déception amoureuse ou que leurs parents leur ont interdit de…) cette pièce, plutôt drôle, ne pouvait pas vraiment déboucher sur des débats sérieux. Elle ne contenait pas d’analyse politique ni de critique constructive. Ce n’ est d’ailleurs pas dans ce but qu’elle avait été créée. La décision d’envoyer les classes au théâtre semblait surtout dictée par le besoin qu’avaient nos dirigeants politiques de "faire quelque chose". Il était facile de récupérer une pièce qui tombait au bon moment.

Dénoncer la volonté de mener la guerre contre l’Irak, la Libye et la Syrie aurait constitué un message fort. Mais cela va à l’encontre de la politique de la plupart de nos partis démocratiques [1] et ce n’est pas le message qu’on veut faire passer dans les écoles.

Récemment, on a mis en place et on compte développer des cellules de spécialistes qui apporteraient leur soutien aux professeurs, éducateurs et familles. Une formation a été proposée à des enseignants bruxellois sur la montée du "radicalisme violent". Il s’agissait d’une analyse de ce qui peut amener des jeunes à partir en Syrie et d’une énumération de "cas" vécus. A nouveau aucune analyse géopolitique des intérêts qui poussent les puissances à entrer en guerre. On axe le discours sur l’endoctrinement religieux, le processus d’enrôlement, la perte des repères, les problèmes des adolescents et des jeunes adultes. L’historique du djihadisme qui a été brossé par l’intervenant était tellement bref et imprécis qu’on se demande comment des afghans, syriens, palestiniens qui connaissent le sujet peuvent y retrouver une part de vérité. Il contenait même des erreurs. S’il a bien été précisé que les amalgames entre religion, réfugiés et terrorisme étaient déplacés, le discours tenu était contradictoire : on y parlait justement un peu trop de religion. L’ islam et ses différents courants a été longuement expliqué. Les autres formes de radicalisme (montée de l’extrême droite, radicalisme économique, terrorisme d’état…) ne faisaient pas partie de l’exposé.

Parallèlement à cela, les déclarations de la classe politique sont de plus en plus belliqueuses, les discours banalisent les discriminations. La peur est entretenue dans la population, les incidents mettant en cause les musulmans ou les réfugiés font les gros titres.

Les mesures prises en matière de prévention consistent à diffuser une information sur l’islam, sur le djihad dans les écoles, les maisons de quartier, les associations et de décrire, afin de les détecter, les comportements qui mèneraient soi-disant à la radicalisation. Dans le meilleur des cas, on met aussi en place un accompagnement des familles selon les parcours individuels.

Pour traiter du terrorisme, il faudrait commencer par avoir une lecture de l’actualité qui se dégage du religieux. On éviterait ainsi les pièges des discours sur la violence des religions et de l’islam en particulier et sur l’importation des conflits du moyen-orient dans l’espace européen. C’est évidemment l’inverse qui s’est passé : l’invasion de l’Irak et les frappes de l’OTAN en Libye ont déclenché l’avalanche du terrorisme.

Le devoir de mémoire

Le devoir de mémoire est devenu un outil institutionnel. On le retrouve dans le décret mission qui fixe, en Belgique, les objectifs de l’enseignement : « L’ école sert à transmettre l’héritage culturel dans tous ses aspects, à la découverte des autres cultures, contribue à tisser le lien social. Elle doit sauvegarder la mémoire des événements qui aident à comprendre le passé et le présent dans la perspective d’un attachement personnel et collectif aux idéaux qui fondent la démocratie » [2].

Il occupait une fois de plus les médias un an après les attentats à Charlie Hebdo. Pas d’analyses, pas d’histoire, pas de confrontation positive des différents points de vue, pas de nuances dans la pensée. Il faut se souvenir : nos valeurs sont les meilleures, les seules acceptables et elles ont été attaquées. Le discours moralisateur sur la liberté de penser a été repris par les autorités et les médias dominants en se gardant bien de donner la parole à ceux qui pensent que ce sont justement nos gouvernements actuels qui mettent le plus en péril notre liberté de nous exprimer !

Et puis, cela ne ferait pas très joli de déclarer : « on se bat pour la suprématie au Moyen Orient, pour continuer à contrôler les cours des matières premières et à empêcher tout mouvement mettant en péril notre économie ». Le magazine Charlie Hebdo lui-même noie le poisson en titrant que « un an après, l’assassin court toujours ». Dieu étant l’assassin. Les religions servent encore ici, comme souvent dans l’histoire, à maquiller les vraies causes des massacres.

La mémoire est très sélective.

Que faire ?

De même qu’on n’ apporte pas la démocratie à coup de bombardements, on n’ apprendra pas non plus la citoyenneté dans un manuel scolaire ou par des stages civiques [3]. Il faudrait que les écoles soient réellement des lieux de démocratie, de culture, de réflexions philosophiques, de questionnements sur les enjeux de notre société, de possibles débats ouverts où tous doivent pouvoir s’exprimer et bénéficier de bienveillance et de respect. Il est impératif d’y valoriser la diversité plutôt que d’essayer de l’effacer et d’uniformiser la pensée.

Le rôle des professeurs est de plus en plus compliqué. Ils enseignent leur matière, ils doivent éduquer, rester neutres et être soumis à leur pouvoir organisateur [4], se montrer vigilants par rapport à l’éventuelle radicalisation de leurs élèves et signaler les comportements « hors norme ». La peur des sanctions [5] risque d’ailleurs de les pousser à un excès de zèle. Les tâches administratives augmentent, les évaluations prennent de plus en plus de temps et le salaire n’est pas revalorisé. De manière plus générale, on ne re-finance pas l’enseignement mais on lui demande de plus en plus.

La formation des professeurs n’a pas non plus été renforcée. On impose l’approche par compétence. La liberté de choix dans la manière de donner cours, de transmettre un savoir et d’évaluer les étudiants est devenue presque nulle. L’organisation des formations en cours de carrière est obligatoire mais rigide. On cherche à réaliser un enseignement plus productif ou « d’excellence » au service de l’économie. On veut sans doute aussi y ajouter un contrôle de la pensée afin d’y museler toute contestation.

Les écoles sont devenues des lieux de compétition, d’évaluation et de tri pour trouver sa place sur un marché du travail.
Ceux qui n’y trouvent pas leur place (plus de 25% de chômage à Bruxelles chez les moins de 25 ans) resteront des victimes potentielles pour les recruteurs.

 

[1En 2011, les partis politiques pourtant alors en affaires courantes, votaient pour la participation de la Belgique aux frappes de l’OTAN en Libye.

[2Chapitre II article 9 du décret mission

[3La ville de Bruxelles compte mettre sur pied pour les élèves des stages civiques de « bénévolat » mais obligatoires et évalués.

[4En Belgique, les pouvoirs organisateurs organisent l’enseignement sur le terrain. Il s’agit de la Fédération Wallonie-Bruxelles, les provinces, les communes, la Commission Communautaire française, ainsi que les pouvoirs organisateurs libres (religieux ou non).

[5Un directeur d’école a été suspendu pour n’avoir pas signalé assez tôt un changement de comportement chez Bilal Hadfi, un des kamikazes des attentats commis à Paris, élève de l’institut.

 

L'usage politique de la peur

La haine a-t-elle une raison?

La peur de la peur (Vincent Engel - Le Soir)

Races et racisme par Axel Kahn, médecin, directeur de recherche à l’INSERM, membre du Comité consultatif national d’éthique.

Revenir aux fondements des idées racistes : mieux les comprendre pour mieux les combattre. Axel Kahn nous aide à poser un regard historique et scientifique sur le racisme.

 

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article6489

 

 

Se défendre contre le terrorisme par l'action non violente

Quatre questions à Edgar Morin (source: rtbf.be)

Au sujet d’une pièce de théâtre antisémite sans antisémites et de la liberté d’expression (Chronique d'Alexandre Piraux)

L’antisémitisme en toute liberté 

Auteur Michel Golberg,

Editions LE BORD DE L’EAU, Collection Judaïsme, septembre 2014.

 

 

« Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé.»

Albert Einstein

 

 

 

Michel Goldberg est maître de conférences en biochimie à l’université de La Rochelle.

A priori, rien ne le prédisposait à écrire un essai sur les limites à la liberté d’expression.

Mais les circonstances de sa vie universitaire ont fait qu’il a assisté en avril 2013 à une représentation théâtrale qui l’a beaucoup troublé et indigné.

Cinq étudiants de son Université ont participé à un atelier d’écriture pour rédiger une pièce, qui a été montée dans un théâtre de la ville avec vingt-cinq étudiants de la ville. Les ateliers étaient financés par diverses institutions publiques.

La pièce s’intitule Une pièce sur le rôle de vos enfants dans la reprise économique mondiale. Cette pseudo-comédie qui se moque des pauvres, des prostituées, des homosexuels présente les Juifs comme responsable de l’horreur financière qui gouverne le monde, en particulier les banquiers dont le Juif Goldberg (nom de l’auteur de l’essai sur la pièce de théâtre).

Comme l’écrit l’auteur, la pièce de théâtre fait rire à bon compte un certain public en se moquant des minorités. L’humour n’est pas dans ce cas-ci, l’arme d’une dénonciation sociale mais est mis au service d’une détestation d’une minorité.

L’intrigue tourne autour d’une invention, grâce au génie malfaisant d’une banque juive la Goldberg & Co, les investisseurs peuvent spéculer sur les enfants à naître. En fonction de leur patrimoine génétique, du niveau d’études de leurs parents une valeur leur sera attribuée et on pourra effectuer des investissements en fonction du métier qu’ils vont exercer. Les enfants à naître deviennent donc des produits et font l’objet d’un classement génétique. Ils sont endettés à vie, condamnés à rembourser leur salaire à ceux qui ont investi en eux…

Cette pièce rédigée selon Michel Goldberg par des ignorants constitue un modèle de conformisme aux stéréotypes les plus triviaux, et est aussi un appel à la haine. Dans cette logique « un riche homme d’affaires juif » serait un pléonasme et la lutte contre les nazis une supercherie de plus. Ainsi deux rabbins chasseurs de nazis ne résistent pas à la cupidité et se font acheter moyennant la remise d’une liasse de billets …

Cette « horreur » a pourtant été considérée tantôt comme une œuvre d’art, tantôt comme une dénonciation de la finance folle.

Ce livre raconte aussi la double blessure d’un homme, blessure collective au nom de sa communauté, et plus personnelle puisque le hasard de la pièce fait que la banque porte son nom Goldberg.

Un catalogue d’arguments pour défendre la pièce   

L’auteur s’est employé au cours de son ouvrage à analyser systématiquement et à réfuter de façon scrupuleuse et touchante chaque argument déployé pour défendre la pièce de théâtre exécutée par des membres de son université.

Michel Goldberg examine les arguments de la parodie, du second degré, des stéréotypes que les auteurs de la pièce auraient voulu dénoncer, de la distanciation et de l’exagération.

Aucun de ces arguments ne tient la route, ainsi l’argument de l’exagération peut servir deux fois à celui qui l’invoque, une fois comme discours de haine, une seconde fois pour le disculper en convainquant qu’il a délibérément exagéré afin que son discours soit compris comme une sorte d’ironie où il dirait précisément le contraire de ce qu’il pense. C’est le procédé utilisé par Veil Harlan, le metteur en scène du Juif Süss, un film nazi à gros budget qui se défendait en invoquant que l’exagération avait été voulue. Il fut finalement acquitté…

En ce qui concerne l’argument de ce qu’il conviendrait de lire la pièce au second degré cela revient à prétendre qu’on pourrait jouer au « second degré » le faux fabriqué par la police tsariste, c’est-à-dire le tristement célèbre Protocoles des Sages de Sion qui présente un plan de conquête du monde établi par les Juifs et les Francs-maçons !

L’argument de la défense de la laïcité a aussi été utilisé. Il s’agit selon l’auteur d’une « invention », d’un prétexte reposant sur le fait que les responsables religieux de quatre cultes à La Rochelle ont réagi dans une déclaration commune contre l’antisémitisme de la pièce, ce qui aurait été perçu comme une intrusion au sein de l’Université.

Puis vinrent inévitablement des arguments ad hominem, la trop grande sensibilité de Michel Goldberg, son manque de loyauté à l’institution, son incompétence dans le domaine théâtral, ses pratiques de manipulation. En fin de compte il est question de le disqualifier, de pratiquer l’amalgame et de le salir pour intimider et faire taire cet empêcheur de médire en rond.

Conclusion

Comme on a pu le constater les défenseurs de la pièce de théâtre ont utilisé la sauvegarde de grands principes et s’en sont servis pour détourner l’attention d’une pièce indéfendable

Les tenants de la pièce ont donc instrumentalisé des valeurs telles que la liberté artistique, la liberté d’expression, la lutte contre la censure, la défense de la laïcité pour se justifier et délégitimer de ce fait la lutte contre l’antisémitisme

Il semble bien qu’un des symptômes les plus alarmants de cette affaire soit que la plupart des personnes impliquées (comédiens, metteuse en scène) n’avaient probablement pas d’intentions antisémites. Comme l’écrit l’auteur « Cette pièce est un beau cas d’école : un délire antisémite sans antisémites. Les stéréotypes sur les Juifs sont si bien ancrés dans les cerveaux qu’on les retrouve dans l’esprit des gens qui affirment avec conviction qu’ils ne les partagent pas. »

A ce sujet, d’expériences personnelles, j’ai pu constater chez beaucoup de personnes jeunes et moins jeunes, une tendance à oublier ou à relativiser la Shoah, de plus en plus perçue par certains comme un génocide ancien, existant parmi tant d’autres, Arménie, Rwanda, ex-Yougoslavie, Cambodge, Darfour (Soudan), Namibie (héréros), Vendée… Tout se passe comme donc s’il y avait un émoussement de la sensibilité, une sorte de banalisation face à la profusion d’images monstrueuses de crimes contre l’humanité, ce à quoi s’ajoute une occultation en raison de l’actualité internationale.

Tout cela donne évidemment froid dans le dos et montre que le travail pédagogique et démocratique doit inlassablement continuer sous toutes les formes possibles et adapter son argumentaire pour contrer les nouvelles perceptions.

Pour en revenir à la pièce de théâtre litigieuse, l’institution universitaire n’a pas pris la mesure de l’enjeu et la pièce a été défendue avec obstination par l’équipe de la présidence de l’Université  et par le théâtre qui l’a produite. On peut penser qu’un tel entêtement est dû à la volonté d’étouffer et de minimiser le scandale, « la catastrophe éducative » comme l’a qualifiée Michel Goldberg.

Cependant ainsi que l’a écrit à ce sujet dans le livre, Emmanuelle Damblon, Professeure en Rhétorique et argumentation linguistique à l’ULB, au Président de l’Université de La Rochelle, « On n’achète pas la paix, en banalisant la haine au quotidien. »

On ne peut pas tout dire et toutes les opinions ne sont pas intéressantes.

Ainsi je ne pense pas qu’on puisse moralement se moquer ou ridiculiser les excisions de jeunes filles ou les violences en tous genres faites aux femmes (pas plus qu’aux hommes). On ne va pas non plus tourner en dérision, les génocides … pas plus représenter un africain sous la forme d’un singe pour faire de l’humour ou susciter une réflexion au second degré, dans ce dernier cas, c’est plutôt le raciste qui devrait être moqué ou parodié.

Laisser faire, laisser dire en restant passif et indifférent dans un tel contexte équivaut à de la complicité.

Il faut sans doute se méfier des lois qui interdisent et pénalisent la parole tout comme des lois mémorielles où des juristes et des parlementaires interprètent les évènements historiques à la place des historiens.

S’il est exact que la Cour européenne des droits de l’Homme admet l’expressiondes propos qui « blessent, choquent ou inquiètent » selon la formulation judiciaire, il y a néanmoins lieu de reconnaître la nécessité de limites, à savoir l’interdiction de l’incitation à la haine, l’injure et la diffamation.

La liberté d’expression n’est pas un absolu sans bornes. Elle se mérite. Il faut savoir s’en montrer digne et en mesurer les conséquences.

Comme l’a écrit Erri de Luca, en tant qu’écrivain ou en tant que citoyen, « La parole contraire est un devoir avant d’être un droit [1]. »

Les artistes et les intellectuels sont avant tout, selon moi, les porte-parole de ceux qui sont sans écoute et sans voix.

 

Alexandre Piraux. 



[1]Erri de Luca La parole contraire Gallimard, 2015.

 

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Liberté d'expression, ses limites... Pour nous aider à comprendre. Source: Le Monde

Malek Chebel lance un cri d'alerte aux dirigeants politiques sur la place des religions dans la société.

"Les terroristes nous tendent un piège politique"

Les négationnistes, ces «incendiaires de la mémoire»...

Islam radical et droits de l'homme. Pot de fer contre pot de terre?

Vidéo: Quand la toile tisse la haine!

OCDE : Les migrants mal accueillis en Belgique

Tous paranos?

Eviter l'angélisme... (source: Tunisiadaily.com)

Remise des prix de la Fondation Auschwitz 2013-2014

Les ménages immigrés contribuent à l'économie belge (source: Le Soir)

A bout de souffle, l'antiracisme pousse un cri faiblard...

Accord gouvernemental inquietant?

Zemmour, Pétain et les Juifs...

Enquête de l'UCL: Les crispations s'accentuent entre musumans et non musulmans.

Inform' action: le conspirationnisme au prétexte de l’info alternative

Une justice réparatrice et intégrative permettant de travailler sur les valeurs et attitudes

La contribution du Centre interfédéral pour l’égalité des chances « Vers des mesures alternatives pour certaines formes pénales de racisme et de discrimination », écrit pour le dossier du Vlaamse Vredesweek 2014, rend compte du sens et de l’utilité des mesures judiciaires alternatives pour certains délits de haine et discriminations. Face aux sanctions répressives du droit pénal classique, le Centre s’interroge sur les effets favorables pour la victime et l’auteur de la dimension éducative et restauratrice de ces mesures.

Afin de répondre aux besoins des auteurs et des victimes de certaines formes de racisme et de discrimination, le Centre interfédéral pour l’égalité des chances a étudié la piste des mesures alternatives. Le Centre plaide pour un investissement dans ce type de mesures adaptées.

Une notion fondamentale : le motif abject

Une modification en profondeur de la législation relative au racisme et à la discrimination en 2003 et par la suite en 2007 a permis l’introduction d’une nouvelle notion de ‘motif abject’. Ceci implique la possibilité d’une condamnation à une peine plus lourde pour certains délits si l’un des motifs est la haine inspirée par un critère protégé par la loi. Ces décisions permettent de mettre l’accent sur le caractère intolérable des comportements et propos discriminatoires. Cependant, cette approche purement répressive n’est pas à elle seule suffisante pour apporter des réponses structurelles, durables aux délits inspirés par la haine. Les sanctions répressives ne répondent pas toujours au préjudice en particulier émotionnel que la victime a subi, ni au changement des mentalités des auteurs. Néanmoins, au-delà de la peine de prison et d’amende, le droit pénal belge offre d’autres possibilités et permet de mettre en exécution des mesures judicaires alternatives animées par une vision éducative et pédagogique. Cette approche combine deux piliers clés d’une action de justice réparatrice et intégrative : la dimension restauratrice vis-à-vis de la victime et éducative en ce qui concerne l’auteur des faits. Cette dernière dimension vaut aussi pour les discours de haine qui se propagent souvent par le biais d’internet.

Les mesures alternatives peuvent prendre plusieurs formes : une peine de travail, la prestation d’un service ou encore le suivi d’un parcours de formation. Le concept de médiation pénale constitue le cadre légal de ces mesures alternatives.

Le procureur du Roi peut ainsi proposer une médiation pénale lorsqu’il estime qu’il y a suffisamment d’éléments à l’encontre d’un suspect majeur et lorsqu’il est d’avis que le conflit peut encore être réglé sans l’intervention d’un juge. Par le biais d’un accord entre l’auteur de l’infraction et la victime, la médiation pénale tente de trouver une réponse réparatrice à un dommage matériel ou moral. Outre cette réparation, le procureur du Roi peut rajouter certaines conditions à l’égard de l’auteur (formation, travail d’intérêt général, traitement médical ou thérapie). La médiation pénale est par ailleurs une procédure volontaire, elle requiert donc l’accord et la participation active de toutes les parties.

Le Centre et la médiation pénale

Le Centre Interfédéral pour l’égalité des chances est aussi confronté dans sa pratique aux limites du droit pénal classique et son souci est d’explorer le rôle que peuvent jouer ces mesures dans la réparation des dommages liés aux délits de haine et aux discriminations. C’est dans ce sens que d’une part, le Centre a commandé une étude à la KU Leuven[1] afin d’explorer les différentes possibilités de mise en œuvre des mesures alternatives et d’autre part a mis en place deux expériences pilotes de formation en la matière dans deux régions différentes. Nous nous limiterons dans cet article à vous exposer quelques éléments d’une des deux expériences.

Selon l’étude commandée par le Centre, les mesures alternatives peuvent s’avérer utiles parce qu’elles permettent de travailler sur les valeurs, les attitudes et les conceptions des auteurs, là où les sanctions classiques n’offrent que très peu de possibilités de s’attaquer aux motivations sous-jacentes animant les auteurs. Or, c’est en premier lieu l’attitude et les motivations des auteurs qui déterminent s’il s’agit d’une discrimination ou d’un délit de haine. Ainsi, pour s’attaquer aux sentiments de haine et à leurs conséquences, il faut pouvoir transformer les stéréotypes et les préjugés qui poussent à la haine. Une mesure de formation peut directement y contribuer, une peine de travail ou la prestation d’un service peut également indirectement avoir une influence sur ces processus via notamment la rencontre d’autres personnes que celles de l’entourage de l‘auteur. 

Si une mesure de formation peut directement conduire à une remise en question des stéréotypes et des préjugés, il n’existe pas en Belgique de programmes de formation qui soient directement destinés aux auteurs de délits de haine ou de discrimination. C’est une des raisons pour laquelle le Centre a mis en place les deux expériences pilotes en la matière. La mesure de formation contraint les auteurs qui incitent à la haine à suivre un processus d’apprentissage basé sur un contenu discuté à l’avance et structuré autour de la thématique en lien avec le délit. L’objectif est de mettre à disposition de l’auteur des connaissances, des pratiques en vue de favoriser une prise de conscience et un changement dans les comportements.

Le sens et l’utilité de la mesure de formation

Dans un dossier d’incitation à la haine et à la violence sur Internet dans lequel, l’auteur avait publié à de multiples reprises sur un lapse de temps relativement court des propos menaçants et appelant au meurtre des personnes d’origine arabe et de conviction musulmane sur son profil Facebook, le Centre a proposé une telle mesure de formation. Pour ce faire, en terme méthodologique, nous nous sommes inspirés principalement de la théorie de l’identité sociale. Cette théorie met en avant la thèse que le contact entre groupes entraine l’harmonie parce qu’il favorise la connaissance, et que la dévalorisation des autres groupes, l’ethnocentrisme est lié à l’ignorance. Brièvement exposée, elle suggère de travailler sur la coopération des groupes en dehors de toutes formes de compétition. Il s’agit d’amener les différents groupes (les intervenants, les jeunes d’origine étrangère, des adultes immigrés, l’auteur qui s’identifie à un groupe ‘’annoncé dans son discours comme : nous les Belges’’) à partager un objectif commun, à porter ensemble des activités communes, à se pencher sur les croyances, les valeurs, les stéréotypes du groupe qui est en face, sur ses réalités. La nature des rapports, des relations doit être déterminée par la compréhension objectivée de la situation qui permet la remise en question des catégorisations arbitraires (ex : ‘’tous les musulmans sont terroristes’’, ‘’tous les jeunes des descendants de l’immigration marocaine sont délinquants’’, ‘’tous les Belges sont racistes’’).

Les éléments de contenus

En terme pratique, la formation s’est basée sur quatre axes. Le premier axe concernait la déconstruction des stéréotypes et des préjugés via une réflexion sur le ‘Soi’ et le ‘Eux’. Le second axe était un axe théologique qui a été exploré à travers le dialogue interreligieux et l’interpénétration des sciences (arabe, occident). Le troisième axe était sociologique. L’accent a été mis sur deux dimensions liées entre elles : le quartier et ses habitants. Des habitants maghrébins musulmans dans des quartiers ‘fragilisés’, ‘défavorisés’ étaient associés dans le discours de l’auteur au danger, à l’envahissement, l’insécurité, la délinquance. Il fallait donc permettre à l’auteur de bien saisir ce qui se dit sur des quartiers et ses habitants et les représentations qui sont véhiculées sur ces zones urbaines difficiles à travers des événements parfois dramatiques (vols, violence). Il était nécessaire pour nous de lui faire découvrir « l’invisible[2] ». Cela a été réalisé via deux immersions, l’une dans une maison de jeune, l’autre lors d’une fête de quartier. Les deux immersions ont suscité beaucoup d’intérêt et de remise en question de la part de l’auteur, il a pu questionner, observer les jeunes et leur contexte de vie. Il a pu discuter avec des adultes et des jeunes de manière spontanée sur la place publique lors d’une action festive qui a nécessité la mobilisation des gens et leur organisation pour la mise en place de la fête. Il a pu en quelques heures rentrer dans l’invisible dont parlait A. Jazouli, un invisible qui nuance les images, les clichés constamment véhiculés sur les quartiers populaires : homogénéité de leurs habitants, délinquance, absence de cohésion sociale, éclatement des repères des jeunes. Enfin le quatrième axe s’est articulé autour de la visite d’un lieu de culte. L’objectif pour l’accompagnateur de la visite a été de démontrer à l’auteur que rien n’est simple et que toute catégorisation simplifie les réalités et réduit leur complexité à un certain type d’événement.

L’évaluation par l’auteur

La formation a été perçue par l’auteur comme un élément déclencheur et a remis en question ses catégorisations : « c’est vrai que je mettais tout le monde dans le même sac », « je ne savais pas que des jeunes comme ça existaient au sein de la communauté marocaine, ils bougent pour un meilleur avenir malgré la haine ». Il a apprécié le parler vrai sur la complexité des identités des jeunes et leur insistance à vouloir être en phase avec chaque identité. Il a été satisfait des explications donnée sur l’islam « je ne connaissais que ce que je voyais dans certaines émissions TV ou ce que je lisais sur certains forum qui ont une visée et qui dénigre l’islam ». Globalement, l’auteur perçoit la formation comme un processus intéressant pour approcher les autres.

Les limites de la mesure

Bien évidemment, ce type de mesure alternative ne peut pas être appliquée à l’égard de tout type d’auteur. Comme le confirme le rapport[3], les auteurs des délits de haine et de discrimination ne doivent pas être considérés comme une catégorie indifférenciée. Selon McDevitt, il faut différencier les auteurs de délit de haine en fonction de leur motivation. Ainsi il distingue 4 catégories d’auteur : les auteurs en recherche de sensation (thrill), les auteurs défensifs (defensive), les auteurs en recherche de revanche (retaliatory), et les auteurs en mission (misison). Selon McDevitt encore, il faut également distinguer les auteurs en fonction de leur degré d’investissement. Il distingue ainsi les leader (leaders), les suiveurs (fellow travellers) et les participants non-volontaire (unwilling participants).

La propension au changement d’attitude et de comportement sera plus grande chez les participants non volontaires que chez les suiveurs. La résistance au changement sera la plus élevée chez les leaders. A côté de cela, les auteurs en recherche de sensation seront plus disposés à changer leur comportement que ceux qui pensent avoir pour mission de libérer le monde de groupes minoritaires ennemis. Au cours du projet pilote, le Centre a évidemment été attentif aux motivations de l’auteur qui a suivi la mesure de formation. Il s’est avéré que celui-ci se rapprochait le plus de l’idéal-type ‘en recherche de revanche’.

Néanmoins, la seule motivation de l’auteur à adhérer à la mesure et le fait qu’il soit identifié comme auteur ‘en recherche de revanche’ ne sont pas suffisants pour aspirer à la réussite de la formation. Le travail en amont, la qualité des intervenant, leurs capacités à remettre en question leurs cadre de référence, l’approche méthodologique employée, l’encadrement suffisant sont des éléments déterminants dans l’aboutissement de ce type de formation.

La proposition du Centre

Etant donné que le Centre constate que de très nombreux dossiers pénaux relatifs à des infractions à la loi antiracisme et à la loi anti-discrimination sont classés sans suite (surtout en matière de cyberhaine), étant donné que l’absence de signal émis à l’encontre des auteurs suscite un sentiment d’impunité, et étant donné que la recherche menée par la KUL et les expériences pilotes démontrent que les mesures alternatives peuvent avoir un impact positif à la fois sur l’auteur et la victime, le Centre insiste sur le fait qu’on investisse dans des mesures alternatives adaptées pour certaines formes pénales de racisme et de discrimination.


[1] Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme, « Le rôle de certaines mesures alternatives dans des dossiers (extra)judiciaires relatifs à des délits de haine et des discriminations (racisme, homophobie et autres) », rapport final, KU Leuven, mars 2011.

[2] Adil Jazouli, « Une saison de banlieue », Plon, 1995.

[3] Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme, « Le rôle de certaines mesures alternatives dans des dossiers (extra)judiciaires relatifs à des délits de haine et des discriminations (racisme, homophobie et autres) », rapport final, KU Leuven, mars 2011, p. 15 à 20.

 

Barbarie, disent-ils... (source: Fondation Frantz Fanon)

L'apologie d'Aube Dorée... (source: Belga)

La N-VA est un parti d'extrême droite...

Complotisme, encore et toujours...

Excellent reportage d'ARTE pour comprendre le mécanisme et les dangers des théories du complot

Contre la théorie du complot (source: lemonde.fr)

(Belga) Les juifs en France "ne doivent pas avoir peur", a déclaré jeudi le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, en réaffirmant "la fermeté absolue" des autorités françaises vis-à-vis de l'antisémitisme.

"Les juifs en France ne doivent pas avoir peur. Or, beaucoup d'entre eux ont peur à cause de toute une série de manifestations d'antisémitisme", a dit M. Fabius à la radio France inter.
Face à ces actes, "il faut une fermeté absolue. Cette fermeté doit être dans les propos des uns et des autres, mais aussi dans les actes de justice, car l'antisémitisme n'est pas une opinion, c'est un délit et ce délit doit être condamné", a-t-il souligné.
"L'antisémitisme ne doit pas avoir droit de cité" en France, a-t-il ajouté.
Plusieurs actes antisémites ont émaillé des manifestations propalestiniennes ces derniers jours à Paris et en banlieue parisienne.
Depuis le début de la seconde Intafada en 2000, chaque soubresaut du conflit israélo-palestinien se traduit en France par une multiplication des actes antisémites et des débordements des manifestations propalestiniennes pacifiques par des jeunes issus de l'immigration maghrébine. Interviennent également des militants d'extrême gauche dont l'opposition à la politique d'Israël tourne parfois au credo antisémite.
La France compte les plus importantes communautés musulmane (entre 3,5 millions et 5 millions de personnes) et juive (500.000 personnes) d'Europe.

 

Des complots un peu trop Net

 

Editiorial du Courrier International par Eric Chol ( 09 juillet 2014)

En 1989, le philosophe américain Francis Fukuyama s’interrogeait sur la fin de l’Histoire dans la revue National Interest, un article qui allait faire sensation dans un monde géopolitique en plein chambardement. Mais la fin de l’Histoire, concept déjà fumeux, ne signifie pas la fin des histoires, tout au contraire. Et d’ailleurs, cette année-là, un autre document était dévoilé par le chercheur britannique Tim Berners-Lee : il s’agissait ni plus ni moins de l’acte de naissance du web, devenu, un quart de siècle plus tard, la plus grande fabrique d’histoires de tous les temps. Car dans ce “monde désenchanté” dans lequel nous vivons, analysé en son temps par le sociologue Max Weber, nous n’avons jamais eu autant besoin qu’on nous raconte des histoires. Internet s’en charge très efficacement, colportant à la vitesse de l’éclair d’un bout à l’autre de la planète les kyrielles de rumeurs, soupçons et autres théories du complot qui surgissent chaque jour. Relayés, amplifiés, validés par des preuves pseudo-scientifiques, ces contes modernes nourissent notre soif de secrets et de mystères, parfois avec humour, souvent avec acharnement : Kennedy, victime à Dallas d’un complot ourdi par la CIA ou la mafia, ça a quand même plus de gueule qu’un président américain tombé sous les balles d’un quidam un peu déséquilibré. L’Effroyable Imposture, de Thierry Meyssan, remettant en cause les explications officielles de l’attentat du 11 septembre 2001, s’est vendu à l’époque à 200 000 exemplaires : déformez, déformez, il en restera toujours quelque chose ! Et plus c’est gros, plus ça passe : vous ne le savez peut-être pas, mais la Fifa manipule les matchs du Mondial au Brésil, les Etats-Unis ont provoqué les inondations dans les Balkans, ou encore la série Les Simpson a inventé le “printemps arabe”. Les conspirationnistes sont devenus les plus grands contorsionnistes de la vérité.

 

L'immigration. Une analyse, des chiffres... (article: le vif l'express 09/07/2014)

 

Robert Hébras, un rescapé, raconte son histoire dans un livre «Avant que ma voix ne s'éteigne» (Ed. Elytel)
Article :

http://www.20minutes.fr/societe/1393545-seconde-guerre-mondiale-c-est-un-temoignage-pour-qu-on-n-oublie-pas-ce-drame

 

Les jeunes sont de plus en plus séduits par les théories du complot (Le Nouvel Observateur 21/05/2014)

Le négationnisme dans le monde... des chiffres.

Le nouveau serment de Buchenwald

Par Christian Laporte ( la Libre, lundi 14 avril 2008 )


Ambiance

Envoyé spécial à buchenwald

Sis au centre de l'Allemagne et au coeur de l'Europe, le camp de Buchenwald qui fête le 63e anniversaire de sa libération par les troupes américaines après que les prisonniers eussent pris le contrôle des lieux, est symbolique à plus d'un titre. Il était très opérationnel déjà avant la guerre pour accueillir ceux qui, dans le Reich, refusaient de se couler dans les moules nazis et pendant le conflit, il accueillit tant des prisonniers politiques que raciaux. Depuis 1945, sis alors sur la frontière du monde libre et du monde communiste, il a toujours été un lieu un peu sulfureux, synonyme d'insoumission. Soixante-trois ans plus tard, cet esprit un tantinet révolutionnaire souffle toujours sur ce coin d'enfer qui, autre paradoxe, est à un jet de pierre de Weimar, paradis de la pensée et notamment ville de Goethe et de Schiller...

Drapeaux révolutionnaires

Résultat : dimanche, il n'y avait pas que les drapeaux nationaux de tous les Etats dont des citoyens ont souffert ici mais aussi moult oriflammes rouges du parti communiste allemand à côté de drapeaux de la... république espagnole et de banderoles s'insurgeant contre la renaissance du fascisme. Et si le représentant de la jeunesse ibérique a lancé un "Viva la revolucion" qui aurait fait rosir de joie Dolores Ibarruri, sa bouillante consoeur grecque n'était point en reste. Ce qui tranchait avec les propos plus sages mais bien visés des représentants belges qui ont, forcément, livré leur message en duo linguistique ! Il faut dire que le combat idéologique demeure vif sur l'Ettersberg et son mémorial-clocher qui domine la Thuringe. Pour l'heure, on y a entendu plus d'une critique contre ceux qui, en Allemagne, mettent sur le même pied la dictature noire et la dictature rouge, entendant même légiférer sur le sujet...

De quoi animer les débats du "train des libertés", cette belle initiative européenne organisée, on ne l'a pas assez souligné, par la Fédération internationale des résistants mais aussi par "notre" Institut des Vétérans, le ci-devant Institut des anciens combattants, prisonniers et victimes de guerre. Le projet s'était quelque peu perdu dans le brouillard communautaire après l'annonce de Pieter De Crem de mettre quelque ordre dans les services rendus par l'armée à certaines catégories de citoyens. Il y a même eu une énorme méprise sur la volonté du ministre de soutenir le projet qui devait être un génial "remake" du "train des mille" de 1995 qui avait montré que Namur avait peut-être une réputation de lenteur mais en tout cas pas de manque d'engagement citoyen !

Finalement, on l'a déjà dit, l'équipe de l'Institut des Vétérans a pu aller jusqu'au bout de son rêve. Simple bémol : la Russie qui devait envoyer un train de jeunes n'a jamais lancé de locomotive vers Weimar; pire, le régime a mis des bâtons dans les roues des organisateurs. Une belle occasion manquée de (re) faire fraterniser l'est et l'ouest.

Comme en contre-point, la Belgique était bel et bien présente par ses étudiants mais aussi, fait remarquable, par "une délégation de haut niveau". Et notre propos n'est point sarcastique comme on le fut lors d'un "Strip-Tease" mémorable en Corée du Nord ! Non, ici il y avait un carré de gouverneurs : Breyne (Flandre Occidentale), Mathen (Namur), Caprasse (Luxembourg) et Laloy (Brabant wallon), mais aussi des députés provinciaux et même les responsables des assemblées culturelles bruxelloises, Doulkeridis et Vanraes. Il est vrai que ces derniers cultivent le devoir de mémoire tous azimuts à Bruxelles...

Face à un tel parterre qu'encadraient des jeunes enthousiastes - ceux du Brabant wallon, venus du Cepes de Jodoigne travaillaient sur le sujet depuis deux ans ! - la longueur des discours officiels n'a pas (trop) été un supplice sous une vilaine pluie, très giboulées d'avril...

Un peu à l'écart, un homme profitait, heureux, de ce moment exceptionnel : il a nom Paul Baeten, rescapé belge de Buchenwald et président du Groupe Mémoire. Il vient de vivre une expérience exceptionnelle avec les jeunes mais il rassurera aussi ses amis à propos du devoir de mémoire. A l'ombre du serment de Buchenwald qui a débouché sur la déclaration universelle des droits de l'homme, c'est une priorité pour Pieter De Crem. Il l'a dit deux fois sur l'Ettersberg puis face au bourgmestre de Weimar...

 

Un nouvel axe de la mémoire?

Une fois n'est pas coutume, le monde politique était en force à Buchenwald. Il est vrai que le pèlerinage y était exceptionnel cette année, avec le "train des libertés" où toutes nos provinces mais aussi Bruxelles dans sa dimension biculturelle avaient heureusement investi... en moyens et en appuis moins sonnants et trébuchants. Autre présence remarquée : celle de Christian Dupont, nouveau ministre de l'Enseignement à la Communauté française mais aussi, et c'est une très bonne nouvelle pour ceux que tient à coeur la perpétuation du souvenir des "anciens", nouveau responsable du "devoir de mémoire". A ce titre, il va faire atterrir le projet de décret sur le devoir de mémoire annoncé par Marie Arena. L'homme connaît bien le dossier car il s'y est déjà frotté par le passé. Et il sait comment sensibiliser aux valeurs citoyennes dans un environnement parfois tenté par la droite extrême. Notre petit doigt nous dit qu'il pourrait faire du bon travail avec De Crem sur ce terrain qui a aussi des appuis à Bruxelles. En attendant que la Flandre rejoigne aussi le peloton. Du moins si Frank Vandenbroucke ne fait pas de l'opposition interne...

Le Serment de Buchenwald (1945)

"Nous, les détenus de Buchenwald, nous sommes venus aujourd'hui pour honorer les 51.000 prisonniers assassinés à Buchenwald et dans les kommandos extérieurs par les brutes nazies et leurs complices.

51.000 des nôtres ont été fusillés, pendus, écrasés, frappés à mort, étouffés, noyés et tués par piqûres.

51.000 pères, frères, fils sont morts d'une mort pleine de souffrance, parce qu'ils ont lutté contre le régime des assassins fascistes.

51.000 mères, épouses et des centaines de milliers d'enfants accusent.

Nous, qui sommes restés en vie et qui sommes des témoins de la brutalité nazie, avons regardé avec une rage impuissante, la mort de nos camarades. Si quelque chose nous a aidé à survivre, c'était l'idée que le jour de la justice arriverait.

AUJOURD'HUI, NOUS SOMMES LIBRES

Nous remercions les armées alliées, les Américains, les Anglais, les Soviétiques et toutes les armées de Libération qui luttent pour la Paix et la vie du monde entier.

Nous rendons hommage au grand ami des antifascistes de tous les pays, à l'organisateur et initiateur de la lutte pour un monde nouveau, que fut F.D. Roosevelt. Honneur à son souvenir.

Nous, ceux de Buchenwald, Russes, Français, Polonais, Slovaques et Allemands, Espagnols, Italiens et Autrichiens, Belges et Hollandais, Luxembourgeois, Roumains, Yougoslaves et Hongrois, nous avons lutté en commun contre les SS, contre les criminels nazis, pour notre libération.

Une pensée nous anime :
NOTRE CAUSE EST JUSTE, LA VICTOIRE SERA NOTRE

Nous avons mené en beaucoup de langues, la même lutte dure et impitoyable. Cette lutte a exigé beaucoup de victimes et elle n'est pas encore terminée.
Les drapeaux flottent encore et les assassins de nos camarades sont encore en vie. Nos tortionnaires sadiques sont encore en liberté. C'est pour ça que nous jurons, sur ces lieux de crimes fascistes, devant le monde entier, que nous abandonnerons seulement la lutte quand le dernier des responsables sera condamné devant le tribunal de toutes les Nations.
L'écrasement définitif du nazisme est notre tâche.

NOTRE IDEAL EST LA CONSTRUCTION D'UN MONDE NOUVEAU DANS LA PAIX ET LA LIBERTE.

Nous le devons à nos camarades tués et à leurs familles. Levez vos mains et jurez pour démontrer que vous êtes prêts à la lutte".